Oser innover quand tout invite à la prudence

Dans des marchés qui se transforment, la croissance, voire la survie, impliquent souvent de s’engager dans des innovations. Or celles-ci tendent à être freinées par le fonctionnement normal des organisations, qui vise avant tout à préserver l’existant. Pour y remédier, on peut utilement s’inspirer des méthodes des capital-risqueurs.
Dans des marchés qui se transforment, l’innovation est une condition de survie pour de nombreuses entreprises. Mais peut-on se permettre d’engager des moyens sur des projets incertains avec des ressources sous tension ? Une enquête de McKinsey réalisée fin 2024 auprès de plus de 1 000 dirigeants illustre ce paradoxe. Près de 60 % d’entre eux jugent que leur entreprise sera incapable de répondre aux attentes du marché sans continuer d’investir en innovation. Pourtant, 60 % d’entre eux déclarent aussi devoir geler ou réduire ces dépenses !
Faire preuve de prudence n’a rien d’irrationnel. Les entreprises établies ont bâti leur réussite en contrôlant les aléas. Leurs systèmes de décision favorisent les projets dont les bénéfices peuvent être estimés avec fiabilité et dont les risques peuvent être maîtrisés. Or l’innovation, et a fortiori l’innovation de rupture, est loin de répondre à ces critères : les bénéfices sont incertains, les coûts sont difficiles à chiffrer et le taux d’échec est élevé.
En réaction, valoriser l’audace à tout prix ne résoudrait pas le problème. L’organisation risquerait de se disperser, de s’enthousiasmer pour des idées mal étayées ou de persévérer sur des projets voués à l’échec. L’innovation exige plutôt de concilier des exigences à première vue contradictoires : rester ouvert à des idées audacieuses tout en leur appliquant une sélection rigoureuse ; encourager l’initiative des équipes tout en instaurant des garde-fous ; faire preuve de persévérance pour donner leur chance aux projets tout en étant capable d’y mettre fin à temps.
Certains acteurs sont passés maîtres dans cet art : les capital-risqueurs. Leur métier implique de prendre des décisions d’investissement en temps contraint, sur la base d’informations incomplètes. Ils savent que de nombreux paris échoueront et que quelques réussites devront compenser largement ces échecs. Pour que cette logique fonctionne, ils ont développé des pratiques qui leur permettent d’organiser la prise de risque. Cette synthèse propose de transposer ces enseignements à l’entreprise. Comment donner aux équipes l’envie et la capacité d’avancer avec méthode dans l’incertain ? Comment faire coopérer des profils variés, des plus prudents aux plus audacieux, pour transformer un pari prometteur en résultat tangible ?
Dans cette synthèse :
– Enhardir ses équipes : trois ressorts psychologiques
– Innover dans l’incertain : la méthode des capital-risqueurs
– Tirer parti de tous les profils de leaders dans la course à l’innovation
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