Titre : L’entreprise créative
Auteur(s) : Alan G. Robinson & Sam Stern
Editeur : Les Editions d’Organisation, 2000, 310 pages.

Synthèse Manageris 92b.

Séminaires de formation aux techniques de créativité, sessions de brainstorming, concours d'idées, etc. : les entreprises rivalisent de recettes pour stimuler la créativité de leurs salariés. Pourtant, L'entreprise créative constate que ces méthodes sont insuffisantes. La principale caractéristique de la créativité est en effet d'être imprévisible.
L'auteur exhorte donc les entreprises à laisser la place à l'imprévu, plutôt que de chercher artificiellement à planifier la créativité. Il nous indique comment s'organiser pour tirer parti des idées de chacun.

Thème principal [créativité]
Voir également [Innovation]

 

      
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Présentation de l’ouvrage

Ce livre se lit (presque) comme un roman. Il raconte, de façon très détaillée et très vivante, la façon dont sont survenues les idées à l'origine de nombreuses inventions, grandes et petites. Et tire des conclusions pertinentes sur ce que les entreprises peuvent faire pour favoriser l'apparition de telles idées. Deux parties bien distinctes en facilitent la lecture. La première analyse les fondements de la créativité. La deuxième est organisée autour de 6 chapitres, consacrés à 6 leviers de la créativité dans les entreprises.

Si vous souhaitez réfléchir à ce qu'est la créativité et comment elle se traduit, vous vous réfèrerez aux trois premiers chapitres. Ils montrent comment la principale caractéristique de la créativité est d'être imprévisible. En particulier, le chapitre 3 rassemble les conclusions de plusieurs études scientifiques qui montrent que la créativité n'est liée ni à l'âge, ni à l'intelligence, ni à l'expérience ou à la propension au risque.

Vous trouverez en chapitre 9 des illustrations marquantes de la nécessité de savoir tirer parti des coïncidences. L'exemple du Teflon est particulièrement instructif. Cette découverte est liée à la sagacité d'un chercheur qui, confronté à un phénomène inattendu, a su prendre le temps d'en rechercher les causes au lieu de l'ignorer.

Un deuxième levier très convaincant est l'autorisation de l'expérimentation officieuse (chapitre 8). L'invention de l'imprimante à jet d'encre illustre comment une idée a de bien plus grandes chances d'être acceptée si elle a fait l'objet de premiers développements qui prouvent sa faisabilité.

Le chapitre 10, lui aussi très percutant, démontre pourquoi il est important de rechercher des stimulations extérieures pour développer la créativité. Le meilleur exemple est sans doute celui de la laque Duco, inventée par Général Motors à la suite d'une visite de son directeur de R&D dans une bijouterie.

Le poids de l'initiative individuelle est décrit en chapitres 4, 7 et 11. En particulier, les différents systèmes de suggestions sont analysés en chapitre 4. Les auteurs montrent que la clé du succès en ce domaine est d'encourager la participation de tous.

Un dernier levier, moins approfondi par les auteurs, est la nécessaire adhésion des salariés aux objectifs de l'entreprise (chapitres 5 et 6). Un contre exemple marquant en est l'échec du système soviétique d'incitation à la créativité par la fixation de quotas.

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Commentaire critique…

Par Alain Dumont,
Professeur de Stratégie à HEC.

Alan G. Robinson et Sam Stern voient grand, voient loin et voient juste.

Ils voient grand car le sujet dont ils nous entretiennent, c’est bien l’entreprise dans sa totalité. L’ouvrage n’est absolument pas un nouveau catalogue de recettes visant à stimuler la capacité imaginative des individus. Le titre n’est pas trompeur : il s’agit bien d’inviter le lecteur à réfléchir à l’art et à la manière de rendre "l’entreprise créative", c’est-à-dire de faire générer des idées à une communauté humaine dans son ensemble, et à tous les échelons. Ils voient grand aussi car ils embrassent dans leur travail tant la créativité appliquée à la recherche permanente d’améliorations modestes que celle dont surgissent les innovations géniales et profitables.

Ils voient loin car leur investigation couvre un vaste champ, dans l’espace et dans le temps. Les auteurs nous conduisent à la rencontre d’entreprises tant nord-américaines, qu’asiatiques ou européennes, et les cas analysés remontent jusqu’à la fin du dix-neuvième siècle. Cette perspective mondiale et historique renforce leur argumentation : il existe bien des invariants de la créativité collective. On savoure l’exemple exquis, proposé en repoussoir, de la créativité stakhanoviste dans les grandes entreprises soviétiques…

Ils voient juste car ils mettent au centre de leurs analyses un fait établi mais trop souvent passé sous silence : la majorité des grands actes créatifs sont imprévisibles. Ce qui ne signifie pas que les dirigeants doivent s’en remettre au hasard pour que la créativité éclose dans leurs entreprises. Pragmatiques, les auteurs proposent donc six principes d’action qui permettent de révéler et d’exploiter un potentiel trop souvent laissé en déshérence dans les entreprises : celui de l’imagination et des idées de l’ensemble de leurs collaborateurs. Réalistes, ils n’ignorent pas que les entreprises sont des organismes étranges qui appellent de leurs vœux deux comportements contradictoires : le jaillissement d’initiatives nouvelles et le strict respect des routines établies. Ils en tiennent compte dans leurs recommandations.

L’entreprise créative est un livre dont on tire des satisfactions intellectuelles de tous ordres. D’abord parce que les auteurs vont à l’origine des faits : leur travail d’enquête, au plus près des sources, est véritablement impressionnant et étaye puissamment leurs démonstrations. Ensuite parce que bon nombre des clichés à la mode depuis une vingtaine d’années sont malmenés. On a plaisir à voir sérieusement analysés et remis à leur juste place, par exemple : le concept de la "prise de risque", les bienfaits et méfaits des systèmes de récompense, le rôle des "gourous" créatifs ou le temps alloué officiellement à la recherche libre… Enfin parce que les références aux "bons auteurs" sont nombreuses et bien choisies.

Cet ouvrage, très agréable à lire, est une lecture hautement recommandable pour tout responsable d’entreprise engagé dans le management de l’innovation ou concerné par le développement du capital humain et la gestion des connaissances dans l’entreprise.

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