Titre : The New Deal at Work
Auteur(s) : Peter Cappelli.
Editeur : éd. Harvard Business School Press, 1999,
308 pages.

L’ère de l’emploi à vie est révolue. Cet ancien contrat moral, qui liait les employés à leur entreprise, a été mis à mal depuis les années 70. Certes, cela offre aux entreprises une certaine souplesse de gestion. Mais pose aussi des dilemmes de gestion des Ressources Humaines. Comment fidéliser les employés talentueux ? Comment investir en formation sans que cela profite surtout à ses concurrents ? Cet ouvrage nous aide à clarifier les enjeux, et nous fournit des pistes de réponse fondées sur l’expérience de multiples entreprises.

Thème principal [Stratégie des Ressources Humaines]
Voir également [Rémunération]

 

      
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Commentaire par : Alain Keravel,
Professeur au groupe HEC, Département Management et Ressources Humaines.
[Synthèse Manageris 73a de juillet-août 1999]

On pourrait penser, au vu du titre et à la lecture de l'introduction, que ce livre est destiné à lancer une nouvelle mode de management : fini l'ancien modèle, vive le nouveau contrat psychologique qui va lier employeur et employé ; finie cette croyance qu'il est souhaitable d'offrir des emplois à vie pour créer une culture d'entreprise forte et aider au développement des compétences stratégiques, le marché de l'emploi va vous permettre de trouver les compétences que vous désirez au moment où vous le souhaitez. On pourrait penser que le débat que nous connaissons en France dans le secteur bancaire, opposant recrutement externe et développement interne des compétences, soit radicalement tranché par l'auteur en faveur d'une primauté du marché.

En fait, Peter Cappelli ne se veut pas prophète. Il analyse, il constate, il met en perspective. La richesse de sa documentation est étonnante (485 notes de bas de pages renvoyant à des ouvrages, des études publiées, etc). Cette avalanche de notes pourrait effrayer, mais en réalité, les cas d'entreprise et les études sont décrits de façon vivante et compréhensible, et très souvent provoquent l'étonnement. Cette démarche analytique s'enrichit au fil de la lecture de points de vue historiques ou économiques qui approfondissent peu à peu la perception du phénomène. Le premier chapitre est consacré à identifier l'apparition de nouvelles formes de contrats entre employeurs et employés aux États-Unis, au travers de l'évolution des chartes définissant les politiques d'emploi de plusieurs entreprises américaines. Il montre que cette évolution bouleverse considérablement les pratiques de gestion des ressources humaines : le principe d'équité comme base de la rémunération, par exemple, perd son sens traditionnel dans un marché du travail dirigé par la loi du marché. Puis, avec le recul de l'histoire, il mène une analyse des pressions ayant conduit aux restructurations industrielles, puis au "reenginering", avec les conséquences que ce mouvement a sur l'emploi, spécialement celui des managers. Il analyse ensuite quelques cas où les relations entre employeurs et employés sont basées sur un marché de l'emploi fluide, en particulier celui des entreprises de la Silicon Valley.

Enfin, et seulement à ce moment, Peter Cappelli présente de façon documentée ce qui a été fait dans de nombreuses entreprises américaines : comment lutter contre les conséquences néfastes de ce phénomène sur l'engagement des employés, la fidélité des meilleurs talents et le développement des compétences distinctives de l'entreprise.

Il conclut par une interrogation plus éthique : cette évolution constatée est-elle "bonne" ? Les réponses apportées à cette dernière question sont nuancées : l'employeur et l'employé trouvent des avantages dans le contexte américain actuel, mais n'est ce pas une position contingente au contexte économique actuel ?


BIBLIOGRAPHIE :

• White-collar Blues, Charles Heckscher, éd. Harper Collins, 1995.
The Loyalty Effect, Frederick F. Reichheld, éd. Harvard Business School Press, 1996 . (Manageris n° 40b).


Alain Keravel est Professeur au groupe HEC, Département Management et Ressources Humaines.

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