Titre : L’entreprise individualisée
Auteur(s) : C. Bartlett et S. Ghoshal
Editeur : éd. Maxima, 1998
279 pages

Comment parvenir à insuffler esprit d’initiative et d’entreprise dans une vaste organisation ? Les auteurs nous proposent une réponse sous la forme du modèle de “l’entreprise individualisée”, bâti à partir de leurs observations de groupes comme ABB, General Electric, 3M ou McKinsey. Ce modèle porte sur de nombreux aspect d’organisation et de gestion des hommes : principes d’organisation, redéfinition du rôle des managers, valeurs à promouvoir, importance stratégique du recrutement et de la formation, etc.

Thème principal [Mobiliser les hommes]
Voir également [Culture d'entreprise] [Organisation apprenante] [Stratégie des Ressources Humaines] [Structure d'organisation]

 

      
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Commentaire par : Susan Schneider
Professeur à l'Université de Genève.
[Synthèse Manageris 63a de septembre 1998]

«L'homme d'organisation» - automate sans visage au service de l'entreprise - a vécu. Les managers ne sont plus des acteurs programmés pour répéter le rôle écrit pour eux, mais des entrepreneurs qui doivent au contraire improviser. Leurs initiatives constituent l'assurance du renouvellement permanent de l'entreprise. Telle est la nouvelle approche du management, proclamée par les auteurs.

« Quoi de neuf sous le soleil ?», pourrait-on s'interroger. En effet, des scénarios similaires ont été décrits au cours des précédentes décennies. Qu'il s'agisse de la théorie X contre la théorie Y, du "prix de l'excellence", ou de Pascale et Athos (modèle des 7S de l'art du management japonais). Et les louanges des héros d'aujourd'hui - ABB, GE, 3M, Intel - ont déjà été largement chantées par de nombreux auteurs ou média...

Qu'on ne s'y trompe pas : ces histoires jouent un rôle majeur. C'est par elles que se construit la mythologie du management, transmise entre générations de managers. Comme dans les contes, la morale de l'histoire est répétée en permanence, afin de rappeler ce qui est important - à savoir que le rôle de l'entreprise est de créer de la valeur pour la société et que les individus sont capables d'exploits si on leur fournit le soutien et la liberté nécessaires.

Pourquoi ce message mérite-t-il d'être tant répété ? Et pourquoi maintenant ? C'est qu'avec les récents aléas de l'économie, il est souvent difficile de garder à l'esprit ce qui compte vraiment. Les remous, l'incertitude et l'anxiété qui caractérisent l'univers des entreprises encouragent des réactions à court terme au détriment de la construction d'un avenir. On risque alors de privilégier certaines parties (les investisseurs) au détriment des autres (les employés et les clients).

La valeur ajoutée de Bartlett et Ghoshal est de nous rappeler comment s'y prennent ceux qui savent bâtir pour le long terme. Les auteurs montrent que les entreprises doivent s'affranchir des 4 piliers traditionnels que sont "contrainte, contrôle, contrat et obéissance" pour faire en sorte que l'action se déroule dans un contexte de "dépassement de soi, soutien, confiance et discipline". C'est en effet sur une telle scène que les managers pourront pleinement tirer parti de leur potentiel.

La pièce se déroule en 3 actes : processus entrepreneurial, d'intégration, puis de renouvellement. Les managers y jouent de nouveaux rôles : entrepreneurs (acteurs), entraîneurs et intégrateurs (metteurs en scène), leaders indiquant la vision et la raison d'être (producteurs). Ce modèle présente un éclairage intéressant par rapport à la littérature sur les compétences, et souligne l'importance du casting (recrutement) et des répétitions (formation et développement des hommes).

Le théâtre n'a pas pour seule fonction de distraire, mais aussi de rappeler les valeurs morales essentielles aux spectateurs. La morale de l'histoire est ici que les entreprises créent par les individus de la valeur pour la société. Ghoshal et Bartlett nous offrent le scénario pour aider les managers à jouer leur rôle dans cette saga.


BIBLIOGRAPHIE :
• LE PRIX DE L'EXCELLENCE, Peters et Waterman, éd. InterÉditions, 1993.
• THE ART OF JAPANESE MANAGEMENT, Pascale et Athos, éd. Warner Books, 1981.
• THE HUMAN SIDE EQUATION, McGregor, éd. McGraw Hill, 1960.
BUILT TO LAST, James C. Collins et Jerry I. Porras, éd. Harper Business, 1994. (Manageris n°27)
MANAGING ACROSS BORDERS, Christopher A. Bartlett et Sumantra Ghoshal, éd. Harvard Business School Press, 1989. (Manageris n°26)


Susan Schneider est Professeur de Gestion des Ressources Humaines à Hautes Études Commerciales de l'Université de Genève.

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