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Titre : Les défis
de l'entreprise citoyenne Profits with Principles, Ira A. Jackson, Jane Nelson, éd.Currency Doubleday, 2004, 385 pages. Synthèse Manageris 131b. L'entreprise doit être "citoyenne". Si l'on écoute les discours des dirigeants, l'affaire semble désormais entendue. Dans leurs rapports annuels ou leurs chartes de valeurs, la plupart des entreprises soulignent leurs engagements en matière de responsabilité sociale, de protection de l'environnement ou encore d'éthique. Pourtant, la mise en œuvre est une autre histoire. Face à l'ampleur de la tâche et aux conflits d'intérêts entre exigences de rentabilité et ambition citoyenne, cette dernière peine à se traduire dans les faits. Nous avons puisé dans les publications sélectionnées des conseils précieux pour relever les défis de l'entreprise citoyenne : clarifier les priorités, lutter contre le scepticisme, etc. Thème principal [Ethique d’entreprise] |
[Présentation de l'ouvrage] [Avis d'expert] [Pour en savoir plus...]
Profits with Principles,
Ira A. Jackson, Jane
Nelson, éd. Currency Doubleday, 2004.
Les auteurs de Profits with Principles partent d’un constat : en raison de la crise de confiance que traverse aujourd’hui le capitalisme, les entreprises sont de plus en plus sommées de justifier leur action, non seulement par la recherche de rentabilité, mais aussi par une réelle contribution au bien-être de la collectivité. Ils se proposent de les y aider.
Il ne faut pas attendre d’idées révolutionnaires de ce livre, qui se présente avant tout comme un guide pratique de mise en œuvre. Sa philosophie très anglo-saxonne rend par ailleurs certains de ses conseils difficilement transposables dans un contexte européen. Il constitue néanmoins un riche catalogue de bonnes pratiques, d’une lecture agréable et qui se révèlera inspirante pour toute personne peu familiarisée avec les thèmes de la citoyenneté d’entreprise.
L’introduction vous permettra d’accéder rapidement aux principales idées. L’intérêt de l’ouvrage résidant en grande partie dans la richesse et l’abondance des exemples, nous vous conseillons toutefois de ne pas vous en tenir là.
Si vous vous interrogez sur les raisons qui incitent une entreprise à se préoccuper de son action citoyenne, vous trouverez des réponses dans la première partie du livre, courte mais précise et solidement argumentée.
L’essentiel de l’ouvrage est constitué par les sept principes, présentés en partie 2, qui doivent, selon les auteurs, guider une démarche citoyenne :
- Les principes 2 et 3, consacrés aux moyens par lesquels l’entreprise peut contribuer au développement de ses collaborateurs et de son environnement, sont sans doute les plus originaux et les plus susceptibles d’applications concrètes. Ils sont illustrés par des exemples comme Citigroup, Alcoa ou BankBoston.
- Plus généraux dans leurs recommandations mais également intéressants, les principes 1 et 4, consacrés à l’innovation citoyenne et à la construction de nouveaux types de partenariats, méritent aussi une lecture attentive.
- Les principes 6 et 7, centrés sur les notions de gouvernance d'entreprise et de recherche de "sens", au-delà du profit, sont souvent plus flous dans leurs conseils.
Pour des conseils sur les aspects pratiques d’une démarche citoyenne, vous consulterez la partie consacrée au principe 5, consacré aux problématiques de la mise en œuvre, ainsi qu’à la très intéressante conclusion, qui expose clairement les qualités et compétences à développer pour en assurer le succès.
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Commentaire critique de « Profits with Principles »,
Par Régis Coeurderoy, professeur de management stratégique
à l'Université Catholique de Louvain..
Après une décennie triomphante, le capitalisme vit depuis quelques années une profonde crise de confiance. L’éclatement de la bulle spéculative sur les marchés boursiers, la succession de scandales financiers dans de grandes compagnies portées peu avant au pinacle, l’échec du modèle libéral dans de nombreux pays émergents : tous ces évènements ont contribué à ébranler le sacro-saint principe du capitalisme, « c’est en cherchant son profit individuel que l’on augmente le profit collectif ». Aujourd’hui, dans de nombreux cénacles et pas seulement dans celui des « anti » le discours s’inverse : la recherche du profit serait la cause des multiples pollutions environnementales, de la souffrance au travail, du désordre mondial et de la pauvreté dans le monde ! Il devient donc bien risqué d’oser encore parler ouvertement de profit.
C’est pourtant ce que Ira Jackson et Jane Nelson n’hésitent pas à faire. Les deux auteurs de Profits with Principles soutiennent avec conviction que la quête du profit, loin de faire plonger le système dans un cercle vicieux autodestructeur, peut parfaitement générer des bénéfices individuels et collectifs conjointement. Enclencher une dynamique vertueuse est possible, à condition toutefois de respecter un certain nombre de principes de management. Jackson et Nelson en définissent sept : exploiter l'innovation pour le bien commun, mettre les hommes (et femmes) au cœur de ses décisions, faire profiter un maximum d'individus des opportunités économiques, développer de nouvelles formes d'alliances, rechercher la performance et l'efficacité dans toutes ses actions, y compris citoyennes, développer une gouvernance d'entreprise "supérieure", et rechercher du sens au-delà du profit.
Fondamentalement, la philosophie des auteurs s’articule autour de deux axes principaux.
En premier lieu, les managers doivent garder à l’esprit que profits individuels et investissements collectifs ne sont pas antinomiques. Il ne faut pas craindre d’innover dans les biens publics, d’investir dans ses employés ou ses partenaires économiques, de faire profiter les autres des opportunités économiques que l’on contribue à créer ou de participer au développement de sa communauté. Là où certains crieraient « perte de valeur », les auteurs montrent comment une entreprise plus altruiste se positionne ainsi au milieu d’un réseau, dont elle finira toujours par bénéficier.
En second lieu, les auteurs mobilisent un vieil adage, toujours d’actualité, en stratégie d’entreprise : « Ne soyez pas obsédés par le court terme ; voyez sur le long terme les objectifs de votre entreprise ». Sinon, certains gains immédiats peuvent se transformer en pertes futures.
Autre vertu de cet ouvrage, l’exposé de ces principes est systématiquement illustré par de nombreux et détaillés exemples récents de multinationales.
On peut regretter que, dans la défense de leurs propos, les deux auteurs proposent parfois une vision par trop « angélique » de leurs principes de bonne gouvernance. En ne traitant pas les problèmes que les entreprises sont susceptibles de rencontrer en suivant ces sept principes, voire d’éventuels échecs, Jackson et Nelson altèrent quelque peu la crédibilité de leur argumentation. Mais cet ouvrage est utile : après une phase de diabolisation, il rappelle à chacun que le profit tient une place à part entière dans un bon fonctionnement du capitalisme.
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