Titre : Leading Quietly
Auteur(s) : Joseph L. Badaracco, Jr.
Editeur : Editions Harvard Business School Press, 2002, 197 pages.

Synthèse Manageris 107b.

Face à un dilemme éthique, adopter une position héroïque relève parfois plus du suicide que de l'efficacité. S'appuyant sur une dizaine d'exemples détaillés, l'auteur de Leading Quietly montre que la réalité est souvent beaucoup plus complexe que ne le voudrait la morale populaire. Pour résoudre ces situations apparemment inextricables, il nous engage à adopter une attitude modeste et pragmatique. Etre conscient des motivations qui nous poussent à agir, savoir gagner du temps, procéder prudemment, trouver des solutions de compromis … : autant de conseils, parfois peu orthodoxes mais combien réalistes, qui nous aideront à résoudre les dilemmes avec une plus grande efficacité.

Thème principal [Ethique]
Voir également [Leadership]

 

      
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Présentation de l’ouvrage

Ce court ouvrage est un plaidoyer pour une approche pragmatique des dilemmes éthiques. Il s'oppose à la vision héroïque du leader, et montre les risques que fait encourir une attitude trop catégorique face aux questions d'ordre moral. L'auteur recommande une démarche en 8 étapes, autour desquelles le livre est structuré. L'intérêt de la démonstration tient dans la nuance qu'il apporte à ses propos. Sans cynisme aucun, il fait l'apologie du réalisme : soyez prudent, reconnaissez que vos motivations sont à la fois nobles et intéressées, sachez gagner du temps, etc. Il serait facile d'abuser de ces conseils, mais appliqués avec mesure, ils s'avèrent très pertinents. Lire ce livre, et notamment la dizaine de cas développés chacun sur plusieurs pages, vous permettra de saisir la subtilité de l'approche recommandée par l'auteur.

Vous prendrez conscience de l'importance des "petites actions" en lisant l'introduction. L'auteur souligne que les véritables acteurs du changement ne sont pas les héros charismatiques, mais les leaders du quotidien.

La démarche de résolution de dilemme est développée tout au long du livre, chaque chapitre faisant état d'une étape en particulier. Plusieurs exemples détaillés décrivent néanmoins particulièrement bien l'ensemble de la démarche. C'est notamment le cas de l'exemple de Rebecca Olson en chapitre 1, de Jill Matthews en chapitre 4 et de Shirley Silverman en chapitre 8.

Etre réaliste est la condition fondamentale du pragmatisme. Ce thème est développé dans les deux premiers chapitres, qui illustrent abondamment la complexité des situations et des motivations. Le chapitre 4 mérite une attention particulière : il développe longuement la nécessité de mesurer son capital politique, et de ne le risquer qu'à bon escient.

L'auteur insiste sur la nécessité d'aller au fond du problème. Le chapitre 5 montre l'importance de s'attacher aux détails. Et le chapitre 4 propose une série de tactiques permettant de gagner du temps pour mieux creuser l'analyse.

Les chapitres 6 à 8 illustrent comment trouver une solution créative à un dilemme éthique, que ce soit en flirtant avec la règle, en jouant des coudes ou en cherchant le compromis.

Enfin, un 9e chapitre rappelle 3 qualités essentielles du leader : le contrôle, qui permet d'éviter les réactions instinctives ; la modestie, qui incite à "jouer son rôle" sans pour autant chercher vainement à changer le monde ; et la tenacité, véritable moteur du changement.

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Commentaire critique…

Par Michael Brimm,
Professor of Organizational Behavior à l'INSEAD.

Le livre, tout comme Good to Great de Jim Collins, semble participer à une réaction au leadership charismatique à l'image des styles de Jack Welch, Jurgen Schremp et de nombreux autres PDG, abondamment décrits dans la littérature récente du management. Sa publication coïncide aussi avec les faillites et les scandales éthiques qui ont sali les noms d'autres leaders en vue, comme Bernie Zebbers, Jean-Marie Messier ou Kenneth Lay.

Leading Quietly propose une vision provocante de la nature éthique du leadership, et mettra certainement le lecteur au défi de réfléchir à son propre point de vue. S'appuyant sur plusieurs histoires détaillées, l'auteur fournit une analyse approfondie de la complexité des dilemmes que l'on rencontre dans la vie réelle. Il montre que les choses ne sont jamais aussi simples qu'elles le paraissent ; que les motivations sont généralement une combinaison d'authentique altruisme et d'intérêt personnel ; que des prises de position tranchées et conformes à la morale peuvent s'avérer désastreuses ; que le compromis peut parfois offrir une solution bien plus efficace à long terme, etc.

Cependant, très peu d'ouvrages de management que j'ai lus ces dernières années m'ont autant déstabilisé que ce dernier essai de Badaracco. Les "leaders modestes" qui émergent comme les héros de son livre sont des inconnus qui abordent les dilemmes éthiques de la vie managériale avec un opportunisme qui, sous couvert de réalisme, fait de leur intérêt personnel un élément clé du processus de décision. L'hypothèse sous-jacente est qu'une approche politicienne permet des petites victoires morales, et autorise les individus à "réussir" tout en prenant des décisions "efficaces". L'auteur recommande de faire un bilan attentif de son capital politique et de sa situation personnelle. Il défend, et fait même l'apologie, du pragmatisme, de l'action tactique et du compromis. Comme il le précise : "Il est facile d'abuser des tactiques décrites dans ce chapitre et les leaders modestes jouent à ce genre de jeu avec réticence…. mais ils sont réalistes, et savent qu'ils n'ont parfois pas le choix." (pages 68-69).

A une époque où des individus et des organisations ont insidieusement dépassé les limites d'un comportement éthique, cette approche me paraît dangereuse. Quand le comptable devrait-il donner un "coup de sifflet" face à des approximations dans le reporting ? Quelle devrait être la position d'un middle manager lorsqu'il est face à la preuve que ses dirigeants commettent des délits d'initié ? De façon évidente, il ne s'agit pas de questions faciles et l'individu qui tentera d'y répondre encourt un risque personnel certain. Le livre de Badaracco expose de façon très claire un aspect de la question, et propose un schéma pour mener cette stratégie. Pour compléter cette lecture, je recommande l'ouvrage brillant de Robert Caro Master of the Senate : the Years of Lyndon Johnson, qui relate comment Johnson a fait appel aux artifices du compromis et de l'amoralité pour parvenir à d'énormes avancées dans la législation des droits civiques. Caro laisse au lecteur le soin de déterminer si la fin justifie les moyens.

Dans tous les cas, ce livre est l'occasion d'une rencontre chargée d'émotion avec une question d'actualité – l'éthique dans les entreprises – et fournit une matière à réflexion tout à fait précieuse.

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Bibliographie…

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